Coaching et complexité

de | 24 février 2016

Le psychanalyste travaille avec ce qu’il est convenu d’appeler le fantasme. Le discours du patient, aussi organisé soit-il, est à entendre du côté du signifiant; soit de ce qui, derrière l’enchaînement apparemment logique des mots et des idées, va produire un autre sens. Je parle ici d’un discours « névrotique normal » sans attache avec l’hallucination ou le délire. Le coach ne saurait lui non plus en faire l’économie.

L’inconscient freudien s’organise donc comme un espace fondamentalement différent du discours manifeste qui retient habituellement l’attention. Pour user d’une métaphore graphique, ce n’est pas le message étranger que le chercheur s’efforce de décoder à partir d’un vieux parchemin, c’est un autre texte, calligraphié en-dessous, qu’il faudra, par exemple, lire en se servant d’une bougie pour dans les pleins, les déliés et les blancs d’une écriture sans épaisseur, permettre à la vérité de se dévoiler.

Dans son article sur l’inconscient, Freud (Métapsychologie) écrit d’ailleurs dans le premier paragraphe sous le titre « Justification de la notion d’inconscient « (…) les données de la conscience sont continuellement lacunaires; aussi bien chez l’homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux ne bénéficient pas du témoignage de la conscience ».

Un texte littéraire illustre parfaitement cette hypothèse. Dans son livre « Les mots pour le dire » (Paris, Grasset, 1975) l’auteure, Marie Cardinale, raconte qu’elle souffre d’hémorragies non justifiées sur le plan médical.

Elle décide de commencer une psychanalyse et apporte cette plainte à son thérapeute qui lui rétorquera: « Ce sont des troubles psychosomatiques, parlez-moi d’autre chose ». L’analyste exige ainsi qu’elle s’aventure au-delà de la réalité pour laquelle elle est venue consulter. Cet « au-delà » est le conflit intrapsychique. Il pose que ce conflit, générateur de souffrance pour la personne, ne se situe pas entre le moi et l’extérieur mais est installé à l’intérieur de la personne où il la divise en tant que sujet.

Partant de là, on pourrait dire que le réel est de peu de poids dans la cure. Que tout sentiment exprimé par le patient sur un certain mode – « Je n’en ai jamais voulu à mon manager », par exemple – serait inévitablement à interpréter du côté de la dénégation. Or, qu’est-ce que le réel, sinon une reconstruction subjective, après coup, de la perception que le sujet a retenu de son histoire relationnelle bien sûr mais qui s’inscrit aussi dans un cadre socio-historique déterminé : le rapport à l’autorité, à la hiérarchie, au travail, le besoin d’être reconnu…

LES NŒUDS INTERPROCESSUELS

Pour mieux comprendre ces interactions, le psychothérapeute et chercheur en sciences sociales, Max Pagès, préconise une approche qui associe le psychisme, le biologique et le social pour cerner un individu. En s’appuyant sur la psychologie sociale de Lewin, de Reich et de Rogers, il montre comment se construit notre personnalité au carrefour de plusieurs influences. Influences qui s’inscrivent aussi dans le corps. A partir de Lewin, il cherche à théoriser le groupe. La relation y est conçue comme une expérience affective de la découverte d’autrui dans un espace collectif. Il crée alors le « psychodrame émotionnel » qui reprend les idées de Moreno et de Reich. Appliquée au monde du travail sa méthode va permettre à chacun de dire et d’entendre les émotions, les souffrances, les ressentis positifs afin de faire évoluer les méthodes de travail. C’est le mérite de Max Pagès d’avoir su dégager , dans la problématique de la névrose, l’existence de ce qu’il appelle des amalgames, des noeuds interprocessuels, qui démontrent que la souffrance psychique se constitue dans un lien entre des déterminants externes réels et la fantasmatisation que la personne en fera.

Il s’agit d’être attentif au discours sociologique latent, soit aux origines sociales, aux trajectoires parentales mais aussi aux projets formés par les parents pour leurs enfants. Ce qui n’interdit pas d’autres interprétations du côté du fantasme, bien au contraire. Ainsi le projet parental et la façon dont il aura été réalisé ou, au contraire, abandonné par le sujet, pourra donner accès à la compréhension et à la résolution de certains symptômes.

J’en ai moi-même fait l’expérience en découvrant, chez un patient souffrant d’éjaculation prématurée, l’intrication d’un conflit sexuel (une représentation de la scène primitive) et d’un conflit social centré autour de la honte (humiliation publique du père). Les deux scènes ayant entraîné l’émergence de son symptôme associée à des difficultés relationnelles dans sa vie professionnelle (Recherche Honte et pauvreté, Laboratoire de Changement Social, Paris VII, 1992).

Le coaching ne saurait donc exclusivement s’appuyer sur l’interrogation de l’ici et maintenant du travail, pas plus que sur des apprentissages orthopédiques sur la manière d’aborder l’organisation. Il nécessite, au contraire, un balancement constant entre le passé et le présent, l’histoire familiale et l’histoire professionnelle. La capacité de se laisser surprendre sans engager le coaché dans un étroit et orienté.

                                                                                                  Luce Janin Devillars

 

 

2 réflexions au sujet de « Coaching et complexité »

  1. Site web

    Ainsi pour resoudre des problematiques d organisation, de productivite ou de rentabilite il peut etre necessaire d apprehender le probleme dans sa complexite et de lui apporter des reponses pluridisciplinaires.

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  2. https://rxp-france.com

    Le coaching est admis comme une ressource pour les entreprises, l’occasion est offerte de prendre un nouveau leadership afin de rendre la complexite humaine explicitement bienvenue pour la suite de l’histoire de l’evolution. L’accepter offre l’acces a de nouvelles marges de man?uvre. Et pour ne pas en avoir peur, il faut savoir aussi la demystifier quitte a avoir, parfois, l’impression de la nier.

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